La transition énergétique se planifie à long terme, donnons-nous en le temps!


Par Par Jacques Bourgeois
Ingénieur agronome et conseiller national PLR
16.11.2016
Ecrit par
Par Jacques Bourgeois
Ingénieur agronome et conseiller national PLR

16.11.2016

Le 27 novembre, nous allons voter sur l’initiative des Verts, qui exige que nous sortions du nucléaire immédiatement. Le texte prévoit une sortie « programmée » du nucléaire, en vérité, cette sortie sera précipitée et chaotique. Nous refusons cette initiative pour les raisons suivantes :

Assurer la sécurité de notre approvisionnement
Fermer une telle installation prend du temps et nécessite des nouvelles infrastructures afin de remplacer l’énergie manquante. Si l’initiative était approuvée, 15% de l’approvisionnement électrique de la Suisse ferait défaut déjà lors de l’hiver 2017-2018. Et d’ici 2029, ce sont presque 40% de notre production qui disparaîtraient. Aujourd’hui, la Suisse dispose d’une sécurité d’approvisionnement très élevée. Les trois centrales qui doivent être éteintes jusqu’à fin 2017 produisent de l’énergie pour la consommation annuelle de 1,6 million de foyers. Cependant, il est impossible de compenser seulement avec nos propres installations en si peu de temps. En effet, les énergies renouvelables aujourd’hui ne représentent que 3.8% de la production suisse. Les projets d’énergies renouvelables, censés fournir l’énergie nécessaire pour remplacer le nucléaire, reçoivent dans la majorité des cas d’importantes oppositions de la part des organisations écologistes comme récemment dans le canton de Fribourg, avec malheureusement succès, au niveau de l’implantation d’éoliennes et ne seront donc pas opérationnels avant plusieurs années, pour autant qu’ils puissent être réalisés un jour.

Pas de dépendance de l’énergie sale étrangère
Pour compenser cette énergie, nous serons donc obligés d’en importer de nos pays voisins. La dépendance énergétique de notre pays augmenterait et la situation se détériorerait au plan climatique. En effet, le courant importé proviendrait avant tout des centrales à charbon allemandes et des centrales nucléaires françaises. La France produit plus de 75% de son électricité avec le nucléaire et l’Allemagne près de 70% avec des centrales à charbon, à gaz et nucléaire. L’organisation Greenpeace, qui décrit le charbon comme une des pires sources d’énergie du point de vue climatique, soutient pourtant l’initiative. Elle ouvre donc tout grand les portes de la Suisse à cette électricité « sale ». C’est une attitude incohérente et nuisible pour la politique climatique.

Notre réseau ne supporterait pas les imports massifs d’électricité
L’hiver dernier, le réseau électrique suisse a déjà atteint ses limites, alors que deux centrales nucléaires ne fonctionnaient pas. Il manquait des capacités dans les transformateurs pour convertir le courant importé de 380 volts en 220 volts. En cas d’acceptation de l’initiative, la situation s’aggraverait. L’abandon immédiat de trois centrales provoquerait des importations supplémentaires, des goulots d’étranglement et des risques de pannes. Il faudrait renforcer le réseau électrique pour faire face à la hausse des importations. Et lorsque l’on sait que la moindre procédure dans ce domaine dure 15 ans, ce n’est pas réaliste.

Il faut planifier la transition énergétique
Fermer une centrale ne se fait pas à la va-vite. La stratégie énergétique 2050 prévoit déjà de sortir du nucléaire, avec des délais raisonnables. BKW, la société qui exploite Mühleberg, a commencé les procédures d’arrêt en 2015. La centrale sera définitivement retirée du circuit en fin 2019. Nous ne pouvons pas retirer 3 centrales du réseau en l’espace d’une année. De plus, il n’y a aujourd’hui pas de durée limitée pour l’exploitation d’une centrale, seule la sécurité compte. L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) effectue très régulièrement des contrôles rigoureux afin de garantir la sécurité maximale des centrales. L’initiative veut ancrer dans la Constitution une durée maximale d’exploitation. Premièrement, il n’est pas libéral d’interdire une technologie dans la constitution. Deuxièmement, si les centrales sont mises prématurément hors service, les exploitants pourront exiger des dédommagements. Cela engendrerait des coûts très élevés ainsi que des procédures sans fin. Au final, ce seront les citoyens qui devront mettre la main au porte-monnaie. Sans compter qu’ils seront également sollicités pour combler le manque de financement au sein des fonds de désaffectation et de gestion des déchets des centrales nucléaires. Ce que nous ne devons en aucun accepter, cela doit rester de la responsabilité entière des exploitants, des propriétaires des centrales nucléaires.

En bref
La transition énergétique se planifie à long terme. Donnons-nous-en le temps ! Si nous tirons la prise trop vite, nous devrons importer de France et d’Allemagne du courant issu du nucléaire ou du charbon. Nous nous donnerions bonne conscience, mais nous n’aurions rien résolu. C’est pourquoi nous refusons cette initiative précipitée et inconséquente et soutenons pleinement la stratégie 2050 décidée par le parlement.